MANIFESTE POUR LA CREATION AUDIOVISUELLE EN REGION
La création audiovisuelle en région a connu ces dix dernières
années un véritable bond en avant. De nombreux films documentaires,
films d’animation et de fiction sont nés hors de Paris. Des réseaux
de professionnels compétents ont vu le jour dans ce désert audiovisuel
qu’était la « province ».
Cet élan, nous le devons, en grande partie, aux antennes régionales
de France 3 qui ont coproduit et diffusé ces films. En apportant leurs
moyens et leurs compétences, elles se sont affirmées comme des
partenaires indispensables, remplissant pleinement leur mission de service public.
Cet élan, nous le devons aussi aux collectivités territoriales
qui nous ont soutenus par des aides ciblées sur la qualité. Aujourd’hui,
pas une région qui n’ait son fonds de soutien à l’audiovisuel.
Une production variée, ambitieuse, indépendante a peu à
peu vu le jour. Malgré des créneaux de diffusion restreints (samedi
après-midi, mais jamais une seule soirée concédée
aux régions, ou alors après minuit), le public a répondu
présent à cette offre, marquant son appétence pour des
regards nouveaux.
Selon les chiffres du CNC, 622 heures de programmes ont ainsi été
produites en région, en 2005, une évolution prometteuse. 165 sociétés
de production sont installées en dehors de Paris. Sept associations d’auteurs
et réalisateurs ont été créées un peu partout
en France. Comme dans d’autres domaines artistiques - la musique, l’édition,
la danse -, nous connaissions enfin une décentralisation de l’audiovisuel,
et rêvions d’égaler un jour ce qui se fait dans d’autres
pays européens. Ce développement, nous le pensions logique, réjouissant
et inéluctable.
Depuis peu cependant, cette décentralisation semble remise en cause.
A France 3, principal soutien de notre création, de nouvelles orientations
ont été prises. Temps d’antenne réduit pour les régions,
créneaux horaires peu fédérateurs, diminution du nombre
de coproductions de documentaires. Plus inquiétant encore, le sous-financement
de la télévision publique entraîne une course aux recettes
publicitaires, qui induit un net changement de ligne éditoriale. Le service
public ressemble de plus en plus aux chaînes commerciales.
Ce changement de cap se fonde sur des bases plus que discutables, car selon
les études marketing commanditées par la chaîne, il faudrait
privilégier désormais le loisir, le divertissement, la détente,
et éviter les sujets qui fâchent ou donnent à réfléchir.
Pour obéir à une logique de groupe, qui se répartit les
téléspectateurs selon les catégories dictées par
les annonceurs, les régions doivent fabriquer des programmes pour la
« ménagère de plus de 50 ans ». N’y aurait-il
que des plus de 50 ans en région ?
Nous pensons pourtant qu’il y a d’autres ambitions pour le service
public: fédérer un public varié, faire réfléchir,
surprendre, donner d’autres visions du monde, offrir une vitrine à
la création. Mais une programmation basée sur la recherche de
l’audimat à court terme le détourne peu à peu de
toute réflexion de fond sur sa mission.
Le danger de cette nouvelle politique, c’est aussi d’asphyxier les
outils de production décentralisés, patiemment construits ces
dernières années par les producteurs, réalisateurs et techniciens,
avec l’aide des collectivités territoriales.
Nous, auteurs-réalisateurs et techniciens, travaillant sur l’ensemble
du territoire, refusons cette régression de la création audiovisuelle
en région.
Nous proposons que les antennes régionales obtiennent une véritable
liberté éditoriale. Un droit à l’expérimentation,
à l’ouverture de nouveaux créneaux horaires. Pourquoi ne
pas confier une deuxième partie de soirée par semaine aux antennes
régionales pour diffuser les nombreux documentaires produits ? Pourquoi
ne pas offrir une place aux fictions courtes, si absentes des grilles ?
Nous proposons que les antennes régionales assument pleinement leur rôle
de service public culturel, pour permettre à la création audiovisuelle
de continuer à se développer sur l’ensemble du territoire.
C’est une question de multiplicité des regards, et donc de démocratie.
Bien sûr, ce choix politique fort a un coût. C’est pourquoi
nous croyons indispensable de réformer le mode de financement de la télévision
publique. Le service public n’a pas à dépendre de pressions
publicitaires grandissantes, sinon il va y perdre sa vocation.
Nous appelons les candidats aux prochaines élections, l'ensemble des
responsables politiques, tant au niveau régional que national, à
se positionner en faveur d'un service public de télévision fort
et décentralisé.
Novembre 2006
AARSE, ADDOC, ARBRE, ARRA, SAFIRE Alsace, SAFIRE Lorraine, SAFIR Nord
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